Entre 3 et 6 ans, la concentration de l’enfant se développe pas à pas. Fatigue, émotions, environnement… bien des éléments viennent la perturber. Alors, pouvons-nous déjà repérer un trouble à cet âge ? Et aider les enfants à se concentrer sans les surstimuler ? Lucie Rose, PhD et neuropsychologue, répond à nos questions.

Que pouvons-nous attendre, en ce qui concerne la concentration, de l’enfant de maternelle ?

À la maternelle, les systèmes attentionnels du cerveau sont encore en maturation et les capacités de concentration de l’enfant se développent donc petit à petit. Comme pour toute compétence, chaque enfant évolue à son propre rythme. Certains auront plus de difficultés que d’autres, et cela ne signifie pas pour autant qu’il y a un problème sous-jacent. Sachez toutefois que le temps d’attention reste relativement court à ces âges ! C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on ne demande pas aux élèves de maternelle de rester assis longtemps. Ils n’en sont tout simplement pas capables, pour le moment.

Y a-t-il des facteurs qui peuvent tout de même affecter la concentration de l’enfant ?

La concentration dépend de nombreux paramètres, chez les enfants comme chez les adultes. Tout d’abord, l’état physique joue un rôle essentiel. Pour être attentif, l’enfant a besoin d’une alimentation équilibrée, de se dépenser régulièrement, mais aussi et surtout de bien dormir. Le sommeil est, en effet, le facteur le plus déterminant : un coucher tardif, des réveils fréquents ou des cauchemars répétés peuvent fortement réduire les capacités d’attention. Mais l’état émotionnel est aussi à prendre en compte. Un tout-petit anxieux et stressé a souvent plus de mal à maintenir son attention, car ses pensées mobilisent déjà une grande partie de son énergie. Enfin, l’environnement peut avoir un impact. Le bruit, l’agitation ou une température inadaptée peuvent perturber l’équilibre sensoriel de l’enfant, et ainsi gêner sa concentration.

Un trouble de l’attention peut-il être génétique ?

Oui, lorsqu’on regarde un échantillon de personnes présentant un trouble de l’attention, on observe une part génétique importante. Toutefois, cela ne signifie pas que votre enfant développera forcément un TDAH* si vous en souffrez ! Mais c’est un facteur de risque, donc si l’un des parents, un grand frère ou une grande sœur présente un TDAH, il est important que vous soyez attentifs et vigilants aux éventuels signes chez l’enfant.

(*Trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité.)

Quels comportements peuvent alerter ?

Certains sont vraiment flagrants. Il arrive que des enfants de 5 ans ne parviennent pas à maintenir leur attention plus de quelques secondes ! Dans ce cas, on peut tout à fait suspecter un TDAH. Mais, en maternelle, il est souvent compliqué de poser un diagnostic. Comme je le disais, certains enfants développent leur attention plus lentement que d’autres, et il est tout à fait normal à ces âges-là de ne pas parvenir à canaliser son énergie. C’est donc souvent à l’entrée au CP que les difficultés d’attention deviennent plus visibles. Si votre enfant se disperse beaucoup et ne parvient pas à rester assis le temps d’une activité, cela peut alerter l’enseignant, qui vous fera part de son constat.
Cependant, certains enfants compensent leurs difficultés de concentration par un niveau intellectuel élevé, passant alors sous le radar du maître ou de la maîtresse. Pourtant, à la maison, votre petit ne tient pas en place, y compris au moment des repas. On écarte alors à tort la piste du trouble de l’attention, sous prétexte qu’à l’école tout se passe bien… Pourtant, il s’agit bel et bien de cela ! C’est pourquoi, en cas de doute, il ne faut pas hésiter à consulter un professionnel qui saura faire la part des choses.

Les écrans peuvent-ils avoir un impact sur la capacité de concentration ?

Les études montrent que l’exposition fréquente aux écrans a un impact délétère sur l’enfant. Surtout s’ils remplacent et empêchent des moments d’interaction avec ses proches et son environnement. Mais rassurez-vous, regarder un dessin animé de temps en temps n’a pas d’impact négatif sur la concentration de votre petit. S’ils sont utilisés avec modération et que les contenus choisis sont adaptés, les écrans peuvent même devenir un support d’échange. Vous pouvez par exemple demander à votre enfant de raconter le dessin animé qu’il a vu et en discuter ensemble. Le problème ne vient pas des écrans en tant que tels, mais de la façon dont on les utilise.
En revanche, passer brusquement d’un écran à une autre activité qui demande de la concentration peut s’avérer difficile pour l’enfant. Cette transition peut provoquer une dysrégulation émotionnelle qui entraîne de l’agitation, réduisant donc les capacités d’attention. Pour éviter cela, je préconise souvent de ne pas allumer les écrans le matin avant l’école, afin d’aider l’enfant à entrer plus sereinement dans la journée.

Que peut-on faire pour aider un enfant à rester attentif ?

Vous pouvez effectivement favoriser la concentration de votre tout-petit, notamment :  

  • En découpant au maximum les consignes, étape par étape. Inutile, par exemple, de demander à votre enfant de 4 ans : « Va chercher tes chaussettes, mets-les et n’oublie pas tes chaussures. » C’est bien trop pour lui ! Mieux vaut ne lui demander qu’une seule chose à la fois.
  • En utilisant un timer ou un sablier. Les petits n’ont en effet pas la notion du temps et ces repères visuels peuvent leur permettre de comprendre qu’une activité a une durée limitée. Mais attention, il ne faut pas que ces outils deviennent une source de stress, qui poussent votre enfant à se dépêcher de terminer ce qu’il fait.
  • En ajustant les activités à son âge et à ses capacités de concentration ! Elles doivent être courtes, mais gratifiantes. Par exemple, ne donnez pas à votre enfant un grand coloriage, mais un plus petit qu’il réussira à terminer. Cela lui apportera une certaine satisfaction et lui donnera confiance en ses capacités. C’est le même principe pour les albums. Lisez des histoires qui ne sont pas trop longues, afin que votre enfant vous écoute du début à la fin ! Gardez en tête qu’il n’est ni nécessaire ni conseillé de trop stimuler son bout de chou, au risque de créer une frustration et de le décourager.
  • En rassurant votre enfant. Certains élèves un peu précoces peuvent exprimer de l’anxiété et s’apercevoir que les autres sont plus rapides qu’eux pour accomplir une tâche. Il est alors important que vous lui rappeliez qu’on ne grandit pas tous à la même vitesse, que ce soit en taille ou en compétences ! Insistez sur le fait qu’il ne sait pas encore faire certaines choses, mais que cela viendra avec le temps. En France, beaucoup d’élèves croient que leurs capacités sont fixes et qu’ils ne pourront jamais progresser dans les domaines où ils se jugent mauvais. Il est essentiel d’apprendre dès le plus jeune âge que l’on peut toujours progresser et que tout peut changer.

Texte écrit par Marie Greco