Les violences éducatives ne sont pas sans conséquence sur les enfants, mais aussi sur les adultes qu’ils deviendront. Alors, comment éviter l’écueil de ces violences encore souvent banalisées ? Réponses avec Clémence Lisembard, responsable des missions sociales à la Fondation pour l’enfance.

 
Qu’appelle-t-on « violences éducatives ordinaires » ?

Les VEO sont toutes les pratiques coercitives, récurrentes, qui sont exercées sous couvert d’un intérêt éducatif pour l’enfant, sans volonté de maltraitance. Elles sont considérées comme légitimes et admises dans quasiment tous les pays du monde et dans toutes les sociétés. Pourtant, on parle ici de châtiments corporels (gifles, fessées, coups, pincements…), mais aussi de violences psychologiques (hurlements, cris, déni des émotions, moqueries, humiliations verbales, chantage affectif…), qui visent à « dresser » l’enfant, à le faire obéir. Car les VEO véhiculent l’idée que l’enfant est un petit être un peu brouillon, malveillant et manipulateur, qui doit être cadré.

Quels sont leurs impacts sur un enfant ?

Ils sont multiples. Du point de vue de la santé, les études montrent qu’il y a un risque accru de cancers, de maladies de la peau, de maladies cardio-vasculaires, ou de troubles alimentaires, notamment d’obésité. D’un point de vue psychologique, la confiance en soi, les compétences psychosociales ou l’empathie sont mises à mal, ce qui a des conséquences à plus long terme, car comment nous comporter avec un conjoint si nous n’avons pas appris, enfant, à accueillir et réguler nos émotions ? Les cas de violences conjugales peuvent donc découler des VEO subies pendant l’enfance. Enfin, les études montrent que ces violences génèrent de forts taux de cortisol (« hormone du stress ») qui, sur le moment, se traduisent par de la tristesse et de la peur, mais qui ont aussi un effet épigénétique, se transmettant de génération en génération. A contrario, les pratiques éducatives non violentes, ont d’indéniables bénéfices : de meilleurs taux de réussite scolaire, des enfants qui risquent moins de subir des violences et donc de devenir eux-mêmes violents, des adultes beaucoup plus épanouis, apaisés et plus insérés dans la société.

Que faire si, en tant que parent, l’on se sent dépassé ?

La première chose, c’est qu’il ne faut pas rester tout seul. Devenir parent, c’est une charge monumentale qui nous tombe dessus. Cela peut être très angoissant d’avoir tout à coup la responsabilité d’un petit être qui a besoin de nous pour à peu près tout ! Il est donc très important de bien s’entourer, de ne pas hésiter à parler avec des professionnels, mais aussi à échanger avec d’autres parents ou groupes de parents sur les difficultés que l’on peut rencontrer. Aussi, attention à bien faire la part des choses concernant les discours de parents influenceurs sur les réseaux, le plus souvent bienveillants et pleins de bonnes intentions : ce qui est vrai pour un enfant ne l’est pas forcément pour un autre. Enfin, il faut bien garder en tête qu’un enfant n’est pas un mini-adulte. Il n’en a pas toutes les compétences, il n’est pas capable de gérer ses émotions, il n’est pas capable de tout comprendre tout de suite. Et en aucun cas il n’est capable de prévoir de la manipulation. C’est une saynète que je cite souvent : un bébé qui jette sans cesse sa cuillère de la chaise haute n’a pas d’intention négative. Il ne se rend pas compte que cela agace son parent de se baisser toutes les deux secondes pour la ramasser. Il teste juste la répétition et la gravité ! Il suffit donc de respirer, de poser la cuillère ailleurs… et c’est terminé.

________________________________________________________________________________________

Que dit la loi ?

« L’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. » Inscrite au Code civil en 2019, la loi qui interdit les châtiments pour éduquer les enfants reste symbolique, puisqu’aucune sanction pénale ne peut être prononcée. Son utilité ? La sensibilisation et la prise de conscience. Mais à quand des politiques publiques fortes pour l’accompagner ?

Du mieux… et du moins bien

En 2024, 58 % des parents estiment avoir reçu une éducation sévère dans leur enfance, contre 60 % en 2022.

En 2024, 79 % des parents connaissent les VEO, contre 72 % en 2022.

En 2024, 81 % des parents admettent avoir eu une expérience de VEO au cours de la semaine précédant le sondage, contre 79 % en 2022.

(Source : Baromètre des violences éducatives ordinaires 2022 et 2024, Fondation pour l’enfance/IFOP.)

Initiative positive !

Présents dans plus de 180 villes en France, les Clubs poussette sont un réel soutien à la parentalité. Ils permettent aux mamans d’enfants d’âge préscolaire de se retrouver régulièrement pour échanger autour de la maternité. Un bon moyen de créer du lien et d’être entourée dans une période parfois compliquée, surtout si l’on est isolée.

Deux amies promènent leur bébé en poussette.
Photo : © Petro/Adobe Stock.

Dossier réalisé par Delphine Soury.