Très rapidement, bébé montre des préférences pour certains goûts et une réticence pour d’autres… Mais pourquoi ? Comment enrichir au mieux le répertoire gustatif de son enfant ? Réponses avec Stéphanie Foglietta-Dreyfuss, diététicienne nutritionniste spécialisée.
Les bébés ont-ils des préférences alimentaires ?
De façon innée, les nourrissons manifestent un attrait pour le goût sucré ; ce qui est indispensable à la survie de notre espèce, puisqu’il s’agit de la saveur du lait. En grandissant, l’enfant développe une préférence pour les saveurs salées et grasses, héritage de notre évolution. Car, avant l’ère des supermarchés et de l’hyper-confort, nos efforts physiques quotidiens étaient si importants qu’il était essentiel d’aimer les aliments riches en énergie. En revanche, les notes amères sont moins appréciées par le tout-petit. Il faut dire qu’il possède davantage de papilles gustatives qu’un adulte et perçoit les saveurs plus intensément… L’amertume peut donc susciter de vives réactions et contribuer à une sélectivité alimentaire.
Comment aider son enfant à découvrir au mieux les aliments ?
S’il existe une part d’inné dans notre rapport à l’alimentation, l’apprentissage joue un rôle essentiel. En tant que parent, vous êtes un véritable modèle : si l’enfant vous voit manger de façon diversifiée, il aura tendance à en faire de même. Partager le moment du repas avec bébé, en étant véritablement présent pour lui, est donc essentiel, et faire du déjeuner ou du dîner un moment agréable facilite l’acceptation de nouveaux aliments. D’autre part, il est aussi important d’insister et de ne pas supprimer de l’alimentation de bébé un légume qu’il refuse de manger. Évidemment, ne l’obligez pas à le goûter, mais continuez à le mettre dans son assiette pour maintenir le lien avec cet aliment. Bébé aura certainement envie de l’explorer au bout d’un moment. Et s’il résiste encore, vous pouvez chercher à éveiller sa curiosité en impliquant tous ses sens, car nous mangeons tout autant avec la bouche qu’avec les yeux, les mains, le nez, et même les oreilles ! Invitez donc votre enfant à participer à cette « narration du repas », en faisant de ce moment une expérience. Faites-lui toucher les aliments sous toutes leurs formes (crus, cuits, en entier, en morceaux ou en purée…), mais aussi sentir et écouter les bruits qu’ils produisent. En rendant ce moment ludique, vous amenez le tout-petit à apprécier le produit avec lequel il interagit. Enfin, n’hésitez pas à utiliser des épices. C’est une manière d’exposer et d’habituer bébé à de nouvelles saveurs, qu’il saura apprécier en grandissant. Car le goût, c’est souvent l’habitude, et ce qui est familier devient bon !
Y a-t-il, au contraire, des choses qu’il vaut mieux éviter de faire ?
Tout à fait ! Il est préférable, par exemple, de ne pas proposer trop souvent des petits pots à l’enfant. A minima, vous pouvez changer de marque pour varier le plus possible les saveurs et les textures. Il est aussi conseillé de varier les aliments tous les jours et ne pas respecter l’ancien conseil de donner chaque aliment trois jours de suite : des études ont en effet prouvé que plus les repas sont redondants, moins le tout-petit aura de facilités pour accepter de nouvelles saveurs. Dans la mesure du possible, évitez aussi de mélanger les ingrédients, car il est intéressant que bébé puisse identifier les aliments, leur couleur, leur texture, leur saveur… Vous pouvez donc disposer les purées, les morceaux de légume, de féculent, de viande ou de poisson séparément dans l’assiette. Enfin, dernier point important : n’associez pas l’alimentation au réconfort ! Même si manger confère du plaisir, il ne faut pas que l’aliment devienne une consolation. Par exemple, si l’enfant est triste, ne lui proposez pas une sucrerie pour améliorer son humeur, mais accompagnez-le plutôt avec des câlins et de l’écoute. De la même façon, évitez d’associer l’alimentation à la récompense ! Ne promettez pas à bébé un yaourt s’il mange ses brocolis : cette stratégie tend à diaboliser le légume et à placer, au contraire, l’aliment « récompense » sur un piédestal. Et cela n’aide en rien un enfant néophobe, par exemple.
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Plein les papilles…
Dès le 3e mois de grossesse, le fœtus perçoit le goût du liquide amniotique, dont les saveurs varient en fonction de l’alimentation de la mère. Par exemple, les bébés dont les mères consomment des aliments aux notes anisées sont attirés par ces saveurs à la naissance*. Ce qui signifie que plus le régime alimentaire de la future mère est varié, plus celui de son enfant a des chances de l’être !
(Selon une étude menée par le CNRS.)
Bib’ or not bib’?
Selon des chercheurs, les enfants allaités acceptent mieux les nouvelles saveurs, car le lait maternel se teinte de différents arômes, contrairement aux préparations infantiles. Mais cette causalité est discutable, car d’autres éléments, comme la diversité des repas proposés en grandissant ou l’environnement familial, peuvent jouer un rôle.
La néophobie : quésaco ?
Dès 18 mois, l’enfant peut refuser de goûter des aliments qui ne lui sont pas familiers… voire ceux qu’il mangeait auparavant ! Ce phénomène est normal : « Ce n’est pas une pathologie, nous rassure la spécialiste, et globalement, la néophobie touche tout un chacun. Ce qui est important, c’est de ne surtout pas réduire le panel alimentaire de l’enfant et de continuer à lui proposer de nouveaux aliments, sans quoi la néophobie peut s’amplifier et perdurer à l’âge adulte. Toutefois, cette période peut être difficile pour les parents et il ne faut pas hésiter à demander l’aide d’un professionnel ! »
Dossier réalisé par Marie Greco.