La musique joue un rôle clé dès la petite enfance. Elle stimule les corps, la curiosité, favorise les échanges… et bien plus encore ! C’est pourquoi, dans les crèches, les ateliers musicaux sont de plus en plus souvent proposés. Alors, comment se déroulent ces séances et quelles réactions suscitent-elles chez les tout-petits ? Étienne Dreuilhe, musicien et éducateur de jeunes enfants, nous ouvre les portes de ses ateliers.

 
Pourquoi proposer un éveil musical dès la petite enfance ?

La musique a beaucoup d’effets bénéfiques, avant même la naissance. En effet, selon de nombreuses études, chanter ou écouter des mélodies pendant la grossesse stimule les réseaux cérébraux du fœtus. Après la naissance, la musique continue de jouer un rôle majeur dans le développement global de l’enfant. Elle encourage naturellement le mouvement : porté par le rythme, bébé se balance, frappe, danse, coordonne ses gestes et explore sa motricité fine. Elle agit également sur les émotions : certaines mélodies apaisent, d’autres émeuvent ou suscitent de la joie. Enfin, c’est un formidable outil de lien social réunissant enfants, parents et professionnels, autour de comptines ou de chansons qui traversent souvent les générations. Pour les structures d’accueil, la musique est aussi un moyen d’initier les jeunes enfants à la diversité culturelle, en leur faisant découvrir des chants ou des instruments venus d’ici et d’ailleurs.

Comment se déroule une séance d’éveil musical en crèche ?

Les interventions se déroulent généralement sur plusieurs matinées, en petits groupes, avec un rythme hebdomadaire, bimensuel ou mensuel, selon les structures. Chaque rencontre débute par un rituel : une chanson accompagnée d’œufs maracas, qui permet aux tout-petits d’entrer doucement dans l’activité. Vient ensuite la découverte d’un instrument. Les enfants l’écoutent d’abord avant de le manipuler, passant ainsi de spectateurs à acteurs. Je sélectionne souvent les instruments en fonction de leur matière – bois, bambou, métal, pierre ou peau – et les fais circuler de main en main : la diversité des sonorités, mais aussi des textures, est au cœur de l’expérience. Je les introduis progressivement, du plus doux au plus sonore, afin que chaque instrument puisse être pleinement entendu. Par moments, l’atelier se transforme en danse improvisée. Les enfants bougent ensemble, librement, pendant qu’un rythme de percussion accompagne leurs gestes. La fin se fait plus calme, et les tout-petits s’allongent avec leur doudou pour écouter un morceau de jazz ou de musique classique. Ils sont souvent très ouverts à ces univers sonores variés. Enfin, l’activité se conclut toujours par une petite chanson d’au revoir, qui remercie symboliquement toutes les parties du corps sollicitées lors de la séance.

Comment les enfants réagissent-ils à ces expériences musicales ?

TComme les adultes, les enfants ont chacun leur sensibilité. Certains ont besoin de temps pour apprivoiser la nouveauté : un nouvel intervenant, des objets inconnus ou des sons puissants peuvent les impressionner. Dans ce cas, ils observent souvent à distance avant de se rapprocher peu à peu. C’est aussi pour cela que j’interviens sur plusieurs séances : petit à petit, les enfants prennent confiance. D’autres bébés se montrent immédiatement curieux, prêts à explorer les instruments. Parfois, ils me surprennent par leur créativité : un jour, un enfant a transformé un bambouphone* en
« toboggan à noix » en faisant rouler des coquilles dessus. Depuis, je reprends très souvent cette idée dans mes séances. D’autres explorent aussi les instruments avec tout leur corps : certains grimpent sur les tambours pour en sentir les vibrations, par exemple, ce qui est très intéressant. Il y a mille et une façons de réagir face à la musique et l’objectif de ces interventions n’est pas de l’enseigner au sens strict, mais de permettre aux enfants d’explorer, d’écouter et de jouer librement. Au fond, le but est simple : faire en sorte que la musique soit toujours une source de plaisir et un moment de partage.

* Xylophone en bambou.

 
Pour en savoir plus, rendez-vous sur : unocrescendo.com

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De la crèche à la maison

Créez de la musique avec ce que vous avez sous la main : un radiateur ou une batterie de cuisine, par exemple. L’acte musical ne dépend pas de l’instrument !

  • Utilisez le corps (le vôtre ou celui de votre enfant). Frappez dans vos mains, sur vos cuisses ou vos joues pour créer des mélodies… Les enfants adorent aussi les massages rythmiques sur le dos. Asseyez-vous, proposez à votre enfant de s’allonger, ventre contre vos cuisses et tête baissée. À vous, ensuite, de jouer des percussions sur son dos !
  • Faites écouter à votre tout-petit les musiques qui vous plaisent et vous font plaisir, pas seulement des comptines : on ne transmet bien que ce que l’on aime.
  • Chantez au quotidien, même si vous pensez chanter « faux » : pour votre enfant, votre voix est la plus belle qui soit !
  • Instaurez des rituels musicaux : pour dire bonjour à bébé, le calmer, ou avant d’aller le coucher.
  • Si vous jouez d’un instrument, faites écouter votre musique à votre enfant, évidemment !
  • Fabriquez des instruments de fortune : avec un peu de carton, des capsulesdes assiettes en cartons, créez de chouettes instruments faits maison !

Musique, maestro !

En Finlande, une étude a comparé les structures d’accueil où la musique fait partie du quotidien à celles où elle est beaucoup moins présente. Le constat est sans appel : dans les crèches musicales, les enfants interagissent mieux avec les adultes, prennent plus d’initiatives, sont plus curieux, créatifs et semblent globalement plus joyeux. Une dynamique qui se répercute également sur le personnel, qui bénéficie d’uneambiance de travail plus détendue au quotidien.

(D’après des études publiées dans ResearchGate.)

En chiffre

67 % des enfants ayant été souvent exposés à la musique feraient d’importants progrès langagiers.

(D’après des recherches publiées sur MDPI.)

Dossier réalisé par Marie Greco.