Alors, comment accompagner ces changements et les dédramatiser ? Comment aider sa fille à comprendre ce qui se passe dans son corps ? Éléments de réponse avec Charline Vermont, formatrice en santé sexuelle et autrice du livre Corps, amour, sexualité : les 120 questions que vos enfants vont vous poser, et Corps, amour, sexualité : y’a pas d’âge pour se poser des questions ! (Albin Michel)

Corps, amour, sexualité : les 120 questions que vos enfants vont vous poser – Charline Vermont

Début de la puberté chez les filles : les signes avant les premières règles

Un jour, votre fille vous demande un premier soutien-gorge. Quelques mois plus tard, elle s’interroge sur l’arrivée de ses règles… La puberté est en marche ! Cette grande étape débute généralement dès 9 ans chez les filles, mais, comme pour la taille ou la couleur des yeux, chacune évolue à son propre rythme. Certaines voient leur corps changer dès l’école primaire, tandis que d’autres attendront plusieurs années avant les premiers bouleversements.

Couverture du magazine Julie avec un dossier consacré à la puberté et aux changements de l'adolescence.

Quoi qu’il en soit, les premiers signes de puberté chez une fille sont souvent progressifs. La poitrine commence à se développer, les tétons peuvent devenir sensibles au toucher ou au frottement des vêtements, tandis qu’une pilosité apparaît peu à peu sous les bras et au niveau de la vulve. Ces transformations corporelles, directement liées aux hormones, annoncent que le corps entre dans une nouvelle phase de son développement. « Ces caractères sexuels secondaires montrent que le corps est en train de se préparer », explique Charline Vermont.

Illustration de Juju et June échangeant autour des changements de la puberté.
Crédit : Emma Tissier

Pour la spécialiste, il est alors essentiel d’aider les jeunes filles à comprendre ce qui leur arrive et de leur rappeler que ces changements sont naturels. Car pour beaucoup, cette période s’accompagne de nombreuses interrogations. Certaines s’inquiètent de voir leur poitrine se développer plus lentement que celle de leurs amies, tandis que d’autres redoutent d’être les premières de leur classe à avoir leurs règles.

Des préoccupations que Delphine Huguet, rédactrice en chef du magazine Julie, retrouve régulièrement dans les courriers et témoignages des lectrices. « Les questions autour de la puberté font partie des plus importantes. Et derrière, c’est souvent la même inquiétude : suis-je normale ? » Pourtant, comme le rappelle Charline Vermont, « en matière de puberté, c’est justement la variabilité qui fait loi. » Le rôle des parents consiste alors moins à apporter des réponses médicales qu’à offrir un cadre rassurant. « Il faut rassurer sans minimiser, conseille la spécialiste. Il ne s’agit pas de dire : « ce n’est rien », mais plutôt : « ton corps sait ce qu’il fait, et il le fait à son rythme ». »

Les premières règles : à quoi s’attendre et comment s’y préparer ?

« Il faut que les filles sachent ce qui leur arrive avant que cela arrive. » Cette conviction guide toute l’approche de Charline Vermont. Car, pour l’experte, les premières règles ne devraient jamais être une surprise. Plus une jeune fille comprend en amont les changements qui se préparent dans son corps, plus elle les vivra sereinement.

« On peut lui expliquer avec des mots simples ce qu’il se passe au niveau du corps. Lui dire, par exemple ‘ que chaque mois, les ovaires libèrent un ovule. En parallèle, l’utérus prépare une sorte de petit nid à l’intérieur de ses parois au cas où une grossesse débuterait. Lorsque l’ovule n’est pas fécondé, ce nid devient inutile. Il est alors évacué sous forme de saignements : ce sont les règles’. » Enfin, il est utile de rappeler que les règles durent généralement entre trois et sept jours et qu’au début, elles sont souvent irrégulières.

Si les jeunes filles restent aujourd’hui relativement bien informées sur les aspects biologiques des règles, leurs préoccupations sont souvent très concrètes. « Elles se questionnent beaucoup sur des points très pratiques. Par exemple, comment faire pour éviter les taches ? Comment se changer discrètement au collège ou encore comment gérer leurs règles lorsqu’elles sont en cours », rapporte Delphine Huguet, rédactrice en chef de Julie.

Autre sujet d’interrogation fréquent : les pertes blanches. Souvent méconnues, elles peuvent surprendre les jeunes filles lorsqu’elles apparaissent dans leur culotte. « Ces pertes blanches sont souvent source de stress pour les jeunes filles qui ne savent pas ce que c’est. C’est pourquoi il est si important d’en parler avant qu’elles n’apparaissent », souligne Charline Vermont. L’occasion de rappeler qu’il s’agit d’un phénomène parfaitement normal, annonçant généralement l’arrivée des premières règles dans les mois qui suivent.

Charline Vermont conseille également aux parents d’éviter le stress du premier jour en préparant avec leur enfant un « kit premières règles ». Il peut contenir une protection périodique, une culotte de rechange, un petit sachet pour ranger des vêtements tachés et même un mot rassurant. L’objectif ? Savoir que l’on aura une solution pratique le moment venu. « Le fait d’être préparée enlève déjà une grande partie de l’angoisse », explique-t-elle. Aujourd’hui, de nombreuses adolescentes choisissent la culotte menstruelle pour son confort et son aspect écologique, mais les serviettes restent également une solution très utilisée. L’essentiel est de l’accompagner pour trouver la protection avec laquelle elle se sent le plus à l’aise !

Mieux connaître son corps pour mieux vivre sa puberté

La puberté des filles ne transforme pas seulement le corps. Elle modifie aussi les émotions, l’humeur et parfois même la manière de se percevoir, impactant fortement l’image de soi. Les parents se retrouvent parfois démunis face aux émotions en dents de scie de leur adolescente. « Ces changements d’humeur ne sont pas de la mauvaise volonté. Ce sont les hormones qui jouent un rôle, et la jeune fille elle-même ne comprend pas toujours ce qui lui arrive », indique Charline Vermont. Ces variations émotionnelles sont souvent liées aux fluctuations hormonales.

Par exemple, à l’approche des règles, certaines filles remarquent qu’elles ont plus faim, qu’elles ont des petits boutons d’acné, des tensions dans les seins, des maux de tête ou qu’elles pleurent plus facilement. D’autres ne ressentent presque rien. Là encore, chaque corps réagit différemment. Pour apprendre à mieux se connaître, Charline Vermont encourage les jeunes filles à observer leur cycle menstruel. Noter les dates de ses règles ou les sensations ressenties peut aider à comprendre certains changements et à mieux les anticiper.

La spécialiste insiste aussi sur l’importance de prendre soin de soi pendant cette période. « Le sommeil, l’alimentation, le mouvement : ce sont les trois piliers qui vont vraiment aider le corps à traverser la puberté en douceur », affirme-t-elle. Le sommeil joue également un rôle essentiel, car c’est pendant la nuit que le corps récupère et que de nombreuses hormones de croissance sont produites. Une alimentation équilibrée et une activité physique régulière permettent également d’accompagner les transformations de la puberté de manière saine.

Contrairement à certaines idées reçues, le sport ne doit pas être abandonné lorsque les règles arrivent… L’activité physique peut véritablement aider à se sentir mieux dans son corps et à réduire certaines douleurs menstruelles.

Puberté : briser le tabou et instaurer un dialogue de confiance

Pendant longtemps, les règles et la puberté ont été considérées comme des sujets intimes dont il ne fallait pas parler. Beaucoup de femmes racontent encore aujourd’hui qu’elles ont découvert leurs premières règles sans aucune explication préalable, pensant parfois être malades ou blessée. Pour Charline Vermont, cette époque doit impérativement appartenir au passé. « Il faut mettre fin au tabou menstruel », affirme-t-elle. « Parler de la puberté à sa fille ne devrait pas être plus gênant que de parler d’un rhume ou d’une entorse. Les menstruations concernent des millions de filles et de femmes dans le monde. Plus on en parle simplement, avec des mots justes, moins elles deviennent une source de honte ou d’inquiétude. »

Heureusement, les temps changent. Pour Delphine Huguet, rédactrice en chef de Julie, « les filles en parlent beaucoup entre elles. Les questions sur la puberté et les règles font partie de celles qui reviennent le plus souvent dans les courriers que nous recevons. Elles sont très soutenantes et bienveillantes les unes envers les autres… »

Même si la parole se libère, certaines adolescentes préfèrent encore explorer ces questions à travers une lecture adaptée à leur âge plutôt qu’au cours d’une discussion directe avec leurs parents.Le magazine Julie propose ainsi régulièrement des dossiers sur la puberté, les règles, les émotions ou encore l’estime de soi, qui peuvent servir de point de départ à des échanges en famille. L’important est de créer un espace où les questions peuvent être posées librement, sans gêne ni tabou !

Charline Vermont encourage également les parents à rappeler à leur fille qu’elle n’est pas obligée de chercher seule toutes les réponses. L’infirmière scolaire, le médecin, la sage-femme ou tout autre adulte de confiance peuvent aussi l’écouter, la rassurer et l’accompagner si le dialogue est difficile à la maison.

Autre point souvent oublié : les garçons aussi gagnent à être sensibilisés à ces questions. Comprendre ce que sont les règles, savoir pourquoi elles peuvent parfois provoquer de la fatigue ou des douleurs, connaître les changements liés à la puberté… Autant d’informations qui favorisent l’empathie et limitent les moqueries. « Il ne s’agit plus de souffrir ou de se cacher en silence », souligne Charline Vermont. Plus les enfants grandissent avec une vision simple et dédramatisée des menstruations, plus le sujet devient naturel pour tout le monde.

Douleurs de règles : quand faut-il s’inquiéter ?

Enfin, il est important d’apprendre à sa fille à distinguer ce qui est normal de ce qui ne l’est pas. Avoir quelques douleurs au ventre pendant les règles peut arriver. En revanche, si les douleurs empêchent d’aller en cours, de pratiquer ses activités habituelles ou de mener une vie normale, il faut consulter un professionnel de santé. De même, des saignements extrêmement abondants qui obligent à changer très souvent de protection méritent un avis médical.

Et pour aller plus loin, découvrez SOS BFF, le podcast de JUJU, 12 ans, qui répond avec humour et bienveillance aux grandes questions et aux petits soucis des préadolescentes : puberté, amour, copines, parents… Retrouvez aussi Le Journal de Juju, un roman inspiré des mêmes thématiques, pour accompagner les jeunes lectrices dans leurs premiers pas au collège.

Nelly Deflisque