« Ne crie pas », « ne saute pas », « ne mange pas avec tes doigts »… Nous, adultes, imposons parfois beaucoup d’interdits aux tout-petits. Mais sont-ils tous légitimes ? Héloïse Junier, docteure en psychologie de l’enfant, nous éclaire sur la question.

 
Pourquoi pose-t-on des interdits aux enfants ?

On pose des interdits aux enfants avant tout pour les protéger, car ils n’ont pas encore les capacités nécessaires pour évaluer seuls les dangers ou anticiper les conséquences de leurs actes. C’est donc à l’adulte de jouer ce rôle-là. Dans mon travail de psychologue du développement, je rappelle souvent que l’interdit n’est pas une punition. Il sert à dire clairement : « Là, je ne peux pas te laisser faire, parce qu’il y a un risque pour toi ou pour les autres. » L’interdit aide aussi l’enfant à se repérer. Même si, sur le moment, il peut se fâcher ou se frustrer, ces limites claires sont rassurantes. Elles lui montrent que l’adulte veille, qu’il tient le cadre. Dire non à un enfant, ce n’est donc pas entrer en conflit avec lui. C’est lui offrir un cadre stable et sécurisant, dans lequel il pourra grandir, apprendre et, peu à peu, intégrer les règles de la vie avec les autres.

Tous les interdits sont-ils nécessaires ?

Non, tous ne le sont pas ! Certains interdits sont posés par les familles par habitude, par tradition ou par automatisme, sans toujours répondre à un réel enjeu pour l’enfant. Or, un interdit est pertinent lorsqu’il protège l’enfant, les autres ou le cadre de vie (ne pas frapper, ne pas se mettre en danger). Lorsqu’ils sont moins nombreux, clairs et cohérents, les interdits sont mieux compris, mieux intégrés, et profitent à tout le monde : l’enfant se sent plus sécurisé, le parent plus apaisé, la relation est aussi plus apaisée.

Les interdits ont donc un impact sur l’enfant ?

Interdire systématiquement de courir, de grimper, de bouger ou de toucher va à l’encontre des besoins fondamentaux du jeune enfant : explorer, expérimenter, se dépenser. Des interdits comme « ne fais pas de bruit », « ne te salis pas » ou « ne monte pas à l’envers sur le toboggan » sont souvent posés pour éviter les désagréments du quotidien. Pourtant, pour un jeune enfant, faire du bruit, se salir ou essayer une autre façon de grimper sont des manières d’explorer, de ressentir et d’apprendre. Les restreindre trop souvent peut limiter des expériences nécessaires à son développement. De plus, lorsque les interdits sont trop nombreux, ils augmentent la frustration de l’enfant et favorisent le rapport de force avec les parents ou les débordements émotionnels. Ils peuvent aussi altérer la qualité de la relation adulte-enfant : l’adulte se retrouve en position de contrôle permanent, l’enfant perçoit surtout ce qui lui est interdit, et le climat relationnel devient plus tendu. Du côté des parents, cette accumulation entretient souvent une hypervigilance, très coûteuse au quotidien. Les interdits gagnent donc à être raisonnés et choisis.

Comment les adapter au mieux à son enfant ?

Il est important de rappeler que le cadre éducatif n’est pas figé : il évolue avec l’âge, la maturité neurodéveloppementale et les compétences émotionnelles de l’enfant. Un interdit pertinent à un moment donné peut devenir inutile plus tard. Ce qui compte surtout, ce n’est pas la perfection du cadre, mais sa cohérence et la capacité de l’adulte à l’ajuster dans le temps, en restant à l’écoute des besoins de l’enfant. C’est cette souplesse, alliée à une présence stable et sécurisante, qui permet à l’enfant d’intégrer progressivement les repères et de gagner en autonomie.

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À lire

Héloïse Junier a écrit de nombreux ouvrages à destination des parents. Elle est l’autrice, entre autres, du Manuel de survie des parents. Décrypter et accompagner l’enfant de 0 à 6 ans, Dunod (2025).

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Positiver !

« Marche lentement » au lieu de « ne cours pas » : la différence semble anodine, pourtant, elle change tout ! La tournure « ne pas » est compliquée pour un tout-petit. Elle lui demande un effort de compréhension beaucoup plus important qu’une consigne positive qui énonce clairement ce qu’il doit faire. En utilisant une tournure positive, la consigne que vous énoncez à votre enfant ne met plus l’accent sur ce qu’il fait « mal », ce qui est très bénéfique pour l’estime de soi et la confiance en soi.

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Règles/limites/interdits : des différences ?

Les règles :
– organisent le quotidien ;
– rendent le monde plus lisible (se laver les mains avant de manger, ranger ses jouets) ;
– structurent le cadre ;
– évoluent avec l’âge ;
= aident les enfants à se sentir en sécurité.

Les limites :
– posent une frontière protectrice ;
– servent à préserver la sécurité physique et psychique (je ne te laisse pas taper, je t’empêche de te mettre en danger) ;
= relèvent de la responsabilité de l’adulte, même si l’enfant proteste.

Les interdits :
– concernent ce qui n’est pas négociable (danger immédiat).
= peuvent ensuite être expliqués et accompagnés, une fois l’émotion retombée. La clarté du cadre et la qualité de la relation dans laquelle ils sont posés sont essentielles.

Dossier réalisé par Delphine Soury.